jeudi 27 septembre 2012

Ce que nous avons réellement

Dans la vie, je sais qu'il ne faut rien prendre pour acquis. Qu'on le veille ou non, certains aspects sont si naturels dans notre vie, tellement présents, prévisibles, que ceux-là, on se permet de les prendre pour acquis. Il le faut bien, sinon, on deviendrait tous un peu fous. Par exemple, comment pourrions-nous vivre si nous ne prenions pas les épiceries pour acquis? On accumulerait des tas de denrées à la maison en se disant "On ne sait jamais, peut-être que demain (et tout le reste de notre vie) il n'y aura plus de nourriture dans les épiceries.". Vous vous demandez sans doute où je veux en venir et vous avez bien raison.

C'est que depuis hier midi, je ne me sens pas très bien. Je suis extrêmement bouleversée par le drame qu'une ancienne collègue vit actuellement. Je ne me sens pas bien au point que c'est mon corps qui réagit: maux de coeur, fièvre légère, rêves étranges. Quand un drame touche une de nos connaissances, il y a toujours une petite partie de notre cerveau qui nous rappelle que nous  ne sommes à l'abri de rien et que tout peut arriver. C'est là que ça me fait capoter. Tout peut arriver. Tout. Peut. Arriver.

Tu peux avoir fait super attention à ton alimentation durant la grossesse. Pas de cigarette, pas d'alcool. Tu peux avoir couché ton bébé sur le dos (si ton enfant est né à partir de 2004... car  si c'était en 2000, je crois que tu devais le coucher sur le côté, faudrait vérifier, et si c'était en 1977, je crois qu'on s'en foutait à l'époque!). Tu peux avoir introduit les aliments en respectant religieusement "Le calendrier d'introduction des aliments". Tu peux avoir acheté le siège d'auto le plus sécuritaire du marché. Tu peux avoir toujours conduit prudemment. Tu peux avoir choisi la meilleure garderie pour ton trésor. Tu peux avoir tout fait, tout donné, avoir créé pour ton enfant l'univers le plus chaleureux, le plus sécurisant, le plus stimulant, le plus aimant que tu pouvais... tout peut arriver.

Je pense à mon ancienne collègue. 

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Dès que je l'avais rencontrée, elle m'avait plu. À l'époque, j'enseignais dans une classe  de 6e année très difficile. Milieu défavorisé, plusieurs cas de DPJ, plusieurs enfants avec des troubles de comportement. Bref, un groupe pas facile. Comme j'étais enceinte de ma 2e, je devais m'absenter régulièrement pour mon suivi de grossesse. Chaque fois que je m'absentais, le lendemain, j'apprenais que ça avait été l'enfer avec la suppléante. Puis, un jour, cette fille est arrivée. Dans son compte-rendu de suppléance, j'ai lu du positif. Elle ne m'écrivait pas qu'elle ne voulait plus jamais revenir dans ma classe, mais elle me parlait plutôt de ce qu'elle avait fait avec les élèves. Puis les élèves sont arrivés en classe et m'ont confirmé que ça s'était bien passé avec cette suppléante. J'en avais donc glissé un mot à la direction de mon école, qui allait finalement prendre la décision d'engager cette fille lorsque mon congé commencerait.

Fin de la parenthèse.

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Je pense à cette ancienne collègue et je me sens mal. J'ai de la difficulté à comprendre la vie. Je sais que tout peut arriver. Je sais qu'il ne faut rien prendre pour acquis, mais là, c'est juste trop.

Avant-hier matin, son enfant allait bien. Un petit garçon de deux ans en parfaite santé. Elle se rend au travail. Le petit est à la garderie. Dans l'après-midi, elle enseigne sans se douter qu'au même moment, son petit ange ne se réveillera pas  de sa sieste. Mort subite du nourrisson? Je ne sais pas. Ils ne savent pas. Sa vie venait de basculer. Il y aura dorénavant un "avant" et un "après". Plus rien ne sera jamais pareil.

Et c'est là que ça déraille dans ma tête. Je me mets à sa place. Il me semble qu'il est tout à fait normal de prendre pour acquis qu'après notre journée de travail, nous allons retrouver nos enfants en vie. Comme je l'ai dit en début de billet, il faut prendre ce fait pour acquis, sinon on deviendrait fou. On souffrirait d'anxiété comme c'est pas possible. Comment pourrait-on passer au travers nos journées en se demandant constamment si nous allons revoir nos enfants vivants? Pourtant, tout peut arriver.

Je me dis alors que la seule chose sur laquelle nous avons un peu de contrôle, c'est sur le moment présent. Être là, pour vrai. Lâcher le pilote automatique pour être réellement présente. Savourer chaque moment, aussi petit puisse-t-il paraître (la notion de "petit moment", c'est dans notre tête seulement!). Chaque minute porte en elle la possibilité de faire une différence dans notre vie. Vivre sa vie avec pleine conscience, le plus souvent possible.


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Je vous laisse sur des photos de ma journée. Ma plus jeune a commencé la pré-maternelle et c'était sa première sortie aujourd'hui.


Une balade en autobus, ça c'est chouette!


Au menu: animaux de la ferme et papillons
 



 



Un "petit moment", si on le place dans la perspective de toute une vie, mais aujourd'hui je ne l'ai pas vu ainsi. Aujourd'hui, c'était une journée très importante, car c'était celle que j'étais en train de vivre. "Hier" étant déjà passé (on n'a pu grand contrôle sur "hier") et "demain" n'étant pas là (d'ailleurs "demain" n'existe pas, demandez à Moyenne Fille), j'étais dans le moment présent.

Ce soir, je me couche en remerciant la vie d'avoir pu passer une journée de plus en compagnie de ceux que j'aime. Plus que jamais, je ressens l'importance d'être au bon endroit. L'importance d'être dans notre vie, celle que nous vivons pour nous et non pour les autres. L'importance d'être présente. Ici et maintenant. Car au fond, c'est tout ce qui compte. C'est tout ce que nous avons réellement.

9 commentaires:

  1. Oui, je crois comme toi que c'est une bonne manière de vivre notre vie.

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  2. Il y a des événements qui sont impossibles à comprendre. Pourquoi? Pourquoi moi ? Pourquoi elle ? Pourquoi nous ? Pourquoi lui ?

    Cette histoire est très touchante, j'en ai eu des frissons, le coeur chamboulé... La mort est destructrice et il est injuste qu'un enfant quitte ce monde avant ses parents.

    Revenons à l'essentiel.

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  3. Les frissons... la vie est vraiment précieuse et furtive. Il ne faut rien prendre pour acquis, c'est une des plus belles réalités, et une des plus difficiles.

    Aimons-nous quand même, aimons-nous jour après jour. (dixit Yvon Deschamps...)

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  4. J'en ai les larmes aux yeux et le ventre qui serre... Ouf! Profitons de chaque instant.

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  5. Il y a Grande Dame (elle a un blogue) à qui un tel malheur est arrivé, avec un enfant de deux ans qui ne s'est jamais réveillé comme l'enfant de votre amie. C'est bouleversant en effet.

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  6. C'est arrivée à une amie, son ptit bout chou avait 18 mois. Elle l'a couché comme d'habitude et quand elle est aller le voir avant elle de se coucher, il était décédé. Les autorités, suite à l'autopsie, on confirmé le syndrome de mort subite. J'ai filée exactement comme toi. Mon bébé avait à peine quelques mois, chaque fois que je la vois ou quelqu'un de se famille, ça me reprend.

    Oui, il faut vraiment apprendre à apprécier chaque moment.

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  7. Histoire bouleversante que tu décris avec beaucoup d'émotions. Oui, il faut vivre pleinement le présent...

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  8. J'espère qu'aujourd'hui, tu vas (un peu) mieux...

    C'est tellement terrible comme histoire, et il y en a tellement qui arrivent.

    Il faut donc profite de chaque moment, du moins quand nous en sommes capables.

    Amitiés, jx

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  9. Je suis bouleversé en lisant tes mots. J'ai une connaissance qui a vécu la même chose avec un bébé de quelques mois à peine... Toujours difficile d'entendre ces histoires mais chaque fois ils me font sentir l'urgence de vivre au présent.
    Je vais aller donner un bisous ce soir avant d'aller me coucher xxx

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